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Bon de paiement en chantier : rôle de l'architecte et bonnes pratiques

Viser une situation de travaux sans méthode, c'est valider des paiements que vous ne pourrez pas justifier. Voici comment l'architecte établit un bon de paiement rigoureux, de la réception de la situation à la transmission au maître d'ouvrage.

Le bon de paiement est le document par lequel l'architecte certifie au maître d'ouvrage qu'une situation de travaux présentée par une entreprise correspond à un avancement réel et vérifiable des travaux. C'est un acte de gestion courant en phase chantier, mais c'est aussi un acte qui engage votre responsabilité : si vous visez une situation surévaluée, vous validez un paiement excessif que le maître d'ouvrage sera en droit de vous reprocher. Comprendre ce que le bon de paiement couvre, comment le vérifier et comment le formaliser, c'est l'une des compétences clés de la mission de direction de l'exécution des travaux.

Ce que recouvre concrètement un bon de paiement en chantier

La situation de travaux est le document que chaque entreprise adresse périodiquement (généralement chaque mois) pour demander le règlement d'une fraction de son marché, proportionnelle à l'avancement de ses travaux. Elle se présente sous forme d'un décompte : quantités exécutées, prix unitaires du marché, montant cumulé depuis le début, montant déjà réglé, montant restant à payer sur cette situation.

Le bon de paiement est votre réponse à ce document. Vous vérifiez la situation, vous la corrigez si nécessaire, puis vous émettez un bon de paiement que vous transmettez au maître d'ouvrage. Ce bon de paiement indique le montant que vous recommandez de régler, en tenant compte de l'avancement constaté, des avenants éventuels, et de la retenue de garantie si elle est prévue au marché. Le maître d'ouvrage peut s'appuyer sur ce document pour régler l'entreprise : il n'est pas obligé de payer au-delà de ce que vous avez certifié.

Vérifier l'avancement avant de signer : la règle qui ne souffre pas d'exception

Un bon de paiement établi sans vérification de terrain n'a aucune valeur. La jurisprudence est constante sur ce point : l'architecte chargé de la DET qui vise une situation sans contrôle engage sa responsabilité si le paiement s'avère injustifié. Concrètement, votre vérification s'appuie sur trois sources que vous croisez systématiquement.

La première, c'est votre propre observation lors des réunions de chantier. Vous avez vu l'avancement, vous avez noté dans vos comptes rendus ce qui était terminé, ce qui était en cours, ce qui n'avait pas commencé. C'est cette observation, horodatée et diffusée, qui constitue votre référence. La deuxième source, ce sont les photos de chantier prises lors de vos visites : elles donnent une preuve visuelle de l'état des travaux à une date donnée. La troisième, c'est le marché lui-même, avec ses plans d'exécution, ses descriptifs et ses prix unitaires, qui définissent ce que l'entreprise doit avoir fait pour prétendre au pourcentage qu'elle revendique.

Si un écart apparaît entre le pourcentage réclamé et l'avancement constaté, vous avez deux options. Soit vous corrigez directement le montant dans votre bon de paiement en expliquant le motif de la correction, soit vous renvoyez la situation à l'entreprise pour qu'elle la révise. Dans tous les cas, ne visez jamais un montant que vous ne pouvez pas justifier par une observation terrain.

La retenue de garantie : l'appliquer systématiquement si le marché le prévoit

La loi n° 71-584 du 16 juillet 1971 encadre la retenue de garantie applicable aux marchés de travaux privés. Elle autorise le maître d'ouvrage à retenir jusqu'à 5 % du montant de chaque situation, pour se prémunir contre une inexécution de la garantie de parfait achèvement. Cette retenue ne s'applique que si elle est prévue contractuellement dans le marché de travaux.

Votre rôle, en tant qu'architecte, est de vérifier que le marché contient bien cette clause avant d'établir vos premiers bons de paiement. Si c'est le cas, vous déduisez la retenue du montant de chaque situation dès le premier paiement. Un oubli sur les premières situations crée un déséquilibre qui se cumule et que le maître d'ouvrage devra ensuite récupérer sur les dernières situations, ce qui peut générer des tensions avec l'entreprise. La retenue est libérée à l'issue de l'année de garantie de parfait achèvement, sauf si des réserves n'ont pas été levées. L'entreprise peut, si le marché le prévoit, la remplacer par une caution bancaire de même montant.

Les points de vigilance sur le décompte lui-même

Plusieurs erreurs reviennent fréquemment dans les situations présentées par les entreprises, et ce sont celles que vous devez attraper avant de les transmettre au maître d'ouvrage. La plus courante est le glissement des quantités : l'entreprise inclut dans sa situation des quantités légèrement supérieures à celles du marché, en espérant que l'écart passe inaperçu. Croisez systématiquement les quantités facturées avec les quantités du CCTP et du DPGF.

Un autre point de vigilance concerne les travaux modificatifs. Si une plus-value ou une moins-value est intervenue en cours de chantier, vérifiez que la situation intègre uniquement les avenants signés par le maître d'ouvrage, pas des modifications qui n'auraient pas encore été formalisées. Inclure dans une situation des travaux dont l'avenant n'est pas signé revient à demander le paiement d'une prestation non encore commandée officiellement.

Enfin, vérifiez la cohérence entre le montant cumulé présenté et les bons de paiement que vous avez émis lors des situations précédentes. Le cumul doit être continu et sans rupture. Si les chiffres ne correspondent pas, demandez des éclaircissements avant de valider.

La forme du bon de paiement et sa transmission

Le bon de paiement n'a pas de forme légalement imposée, mais il doit au minimum mentionner le nom du chantier, le lot et l'entreprise concernés, la date de la situation, le montant brut HT de la situation vérifiée, la retenue de garantie déduite (montant et taux), le montant net à régler, le cumul des règlements effectués depuis le début du marché, et la somme restant à payer jusqu'au solde. Certains cabinets ajoutent également le montant du marché en cours (incluant les avenants signés) et le pourcentage d'avancement financier global.

Ce document est transmis au maître d'ouvrage accompagné de la situation de l'entreprise que vous avez annotée ou corrigée. Le délai de vérification usuellement retenu dans les contrats de maîtrise d'œuvre est de 21 jours à compter de la réception de la situation. Respecter ce délai permet à votre client de régler l'entreprise dans les délais légaux (30 jours entre professionnels), ce qui contribue à la bonne tenue du chantier. Une entreprise payée régulièrement et dans les délais travaille mieux et s'implique davantage dans le respect du planning.

Intégrer les bons de paiement dans le suivi financier global

Chaque bon de paiement émis doit s'inscrire dans votre tableau de suivi financier. Ce tableau récapitule, lot par lot, le montant du marché initial, les avenants cumulés, le marché en cours, les situations validées, les montants déjà réglés et le reste à payer. C'est ce tableau que vous présentez régulièrement au maître d'ouvrage pour lui donner une vision claire de l'enveloppe engagée.

Sans ce suivi consolidé, les bons de paiement restent des documents isolés dont la cohérence globale est difficile à vérifier. Avec lui, vous repérez immédiatement si une entreprise se rapproche du solde de son marché alors que les travaux ne sont pas terminés, si la somme des situations validées dépasse le marché en cours, ou si un lot n'a pas présenté de situation depuis plusieurs semaines malgré une activité visible sur le chantier. Ces signaux précoces permettent d'intervenir avant qu'un problème financier ne devienne un litige ouvert.

Ce qui se passe en cas de désaccord sur le montant à régler

Il arrive qu'une entreprise conteste votre bon de paiement parce que vous avez corrigé le montant à la baisse. La procédure à suivre est simple : vous notifiez votre correction par écrit avec les motifs précis (avancement constaté insuffisant, quantités erronées, avenants non signés), et vous transmettez votre bon de paiement au maître d'ouvrage sur la base du montant que vous avez certifié. L'entreprise peut contester, mais le maître d'ouvrage est fondé à régler uniquement ce que vous avez validé.

Si le désaccord porte sur l'avancement constaté, la solution est de faire une visite contradictoire avec l'entreprise pour constater ensemble l'état des travaux. Ce constat fait l'objet d'un compte rendu signé par les deux parties, qui sert de base au bon de paiement rectificatif. Cette procédure est plus lourde mais elle évite des discussions sans fin et des contentieux qui naissent souvent d'un simple malentendu sur l'avancement réel.

Centralisez vos situations et vos bons de paiement avec Kalm

Kalm vous permet de suivre les marchés, les avenants et l'avancement financier de chaque lot en temps réel. Vos bons de paiement s'inscrivent dans un tableau de bord global qui vous donne la vision financière du chantier à chaque réunion de suivi.

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