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Rentabilité par phase de mission : comment les architectes perdent de l'argent sans le savoir

Beaucoup d'agences ont une vision globale de leur marge sur un projet. Mais très peu suivent la rentabilité phase par phase. Résultat : une phase PRO ou une DET peut être largement déficitaire sans que personne ne s'en aperçoive avant la clôture.

Vous terminez une mission, vous regardez le total d'honoraires encaissés, vous comparez au temps global passé, et le compte est à peu près bon. Mais si vous décomposez ce même projet phase par phase, le tableau est souvent bien différent : la conception s'est bien passée, l'APD a été bouclée dans les temps, mais la DET a absorbé le double des heures prévues sans que personne ne s'en aperçoive en cours de route. Vous avez gagné de l'argent sur le papier. Vous en avez perdu sur la réalité du temps passé. Ce décalage est le point aveugle de la plupart des agences.

Pourquoi la vision globale d'une mission masque les dérapages par phase

La logique du pourcentage des travaux donne une enveloppe d'honoraires totale. Elle ne dit rien sur la répartition du temps réel entre les phases de mission. Une ESQ peut être bouclée en deux réunions. Une phase PRO peut mobiliser quatre semaines de production intensive si le programme évolue deux fois après validation de l'APD. Un suivi de chantier peut doubler de durée si les entreprises accumulent les retards ou si le client multiplie les demandes de modification en cours d'exécution.

Dans aucun de ces cas le dérapage n'est visible à l'échelle du projet global tant que vous n'avez pas de suivi par phase. Vous savez que vous avez été très occupé. Vous ne savez pas exactement où le temps est parti. Et à la mission suivante, vous refaites le même devis à peu près au même tarif, sans avoir les éléments pour corriger le tir.

Les phases qui consomment systématiquement plus que prévu

Deux phases concentrent la majorité des dérives dans la plupart des agences. La phase PRO d'abord : c'est elle qui produit le plus de livrables techniques, qui supporte les allers-retours avec les bureaux d'études, et qui absorbe les conséquences de tout ce qui n'a pas été tranché en APD. Si votre client a demandé une validation rapide de l'APD pour tenir un délai de PC, la phase PRO paie souvent la note des décisions repoussées.

La DET ensuite. La direction de l'exécution des travaux est la phase la plus difficile à envelopper dans un forfait parce qu'elle dépend de facteurs que vous ne contrôlez pas : la fiabilité des entreprises, la complexité des coordinations entre lots, les imprévus de chantier. Une DET prévue sur 30 réunions peut en dépasser 50 si le chantier se tend. Sans clause d'ajustement dans votre contrat et sans suivi en temps réel, vous absorbez l'écart dans votre marge.

Ce que révèle un suivi du temps passé par phase

Tenir un suivi de temps par phase, même approximatif, change profondément votre lecture d'un projet. Vous n'avez pas besoin d'un logiciel de pointage sophistiqué pour commencer. Un tableau simple avec les grandes phases, le nombre d'heures estimées à la signature, et les heures réellement passées chaque semaine suffit pour identifier les écarts en cours de mission plutôt qu'en fin de projet.

Ce suivi produit deux effets immédiats. D'abord, il vous alerte quand une phase dépasse son enveloppe de temps alors que vous êtes encore dedans : vous pouvez ajuster votre organisation, avoir la conversation avec votre client sur un élargissement de périmètre, ou activer la clause d'avenant de votre contrat. Ensuite, il constitue une base de données sur vos propres projets. Après trois ou quatre missions suivies, vous savez quel type de projet consomme réellement combien de temps par phase, et vous pouvez construire vos prochains devis sur des données réelles plutôt que sur une intuition.

Le lien entre rentabilité par phase et défense des honoraires

La rentabilité par phase n'est pas qu'un outil de pilotage interne. C'est aussi un levier pour défendre vos honoraires face à un client qui cherche à compresser votre devis.

Quand vous pouvez montrer que votre phase DET représente en moyenne 35 % du temps total d'une mission sur ce type de projet, la discussion sur la réduction du suivi de chantier change de nature. Ce n'est plus « je veux garder mes honoraires » mais « voici ce que ça représente concrètement en temps de travail, et voici ce que vous perdez si on réduit cette phase ». Le client comprend qu'il n'achète pas une ligne de devis, il achète une charge de travail réelle sur une durée réelle.

Comment intégrer le suivi de rentabilité par phase sans changer toute son organisation

Il n'est pas nécessaire de refondre votre organisation pour commencer. Voici une approche progressive qui fonctionne dès la prochaine mission.

À la signature du contrat, notez dans votre outil de gestion le nombre d'heures estimées par phase sur la base de votre devis. Si vous avez facturé au pourcentage, répartissez l'enveloppe d'heures selon la logique habituelle : conception, réalisation du DCE, suivi de chantier. Cette décomposition existe dans votre tête au moment du devis — mettez-la simplement par écrit.

En cours de mission, relevez le temps passé à une fréquence raisonnable : une fois par semaine suffit. Dix minutes le vendredi pour noter les heures de la semaine par phase. Ce n'est pas du pointage à la demi-heure près, c'est une estimation qui permet de rester dans l'ordre de grandeur.

En fin de phase, comparez l'estimé et le réel avant de passer à la suivante. Si l'écart est significatif, documentez la cause : est-ce un périmètre qui a glissé, des allers-retours non prévus, une complexité technique sous-estimée ? Cette information nourrit votre prochain devis du même type.

Rentabilité par phase et suivi financier du chantier : deux lectures complémentaires

La rentabilité par phase côté honoraires ne doit pas être confondue avec le suivi financier de chantier côté travaux. Les deux sont complémentaires mais distincts. Le suivi financier de chantier porte sur le budget de votre client : marchés, avenants, situations de travaux, enveloppe engagée. La rentabilité par phase porte sur votre propre économie : honoraires prévus, temps passé, marge dégagée sur chaque segment de la mission.

Les deux sont nécessaires pour piloter correctement. Une agence qui maîtrise le budget chantier de ses clients mais ne suit pas sa propre rentabilité par phase peut très bien délivrer un excellent service tout en travaillant à perte sur certaines missions. Une agence qui connaît sa rentabilité par phase mais ne suit pas le budget chantier risque des surprises financières pour son client qui finissent par nuire à la relation. Le pilotage complet articule les deux.

Kalm centralise le pilotage de vos projets par phases — livrables, suivi financier chantier, communication client — pour que vous ayez une vision claire de ce qui se passe réellement sur chaque mission.

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