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Accessibilité PMR : ce que l'architecte doit intégrer dans ses projets (ERP et lieux de travail)

ERP, lieux de travail, dérogations, registre public d'accessibilité : les obligations d'accessibilité PMR que l'architecte doit intégrer dès l'esquisse, et ce qui change au 1er avril 2026 pour les bâtiments professionnels neufs.

L'accessibilité PMR n'est pas une couche que l'on ajoute en fin de projet : c'est une contrainte de conception qui structure les plans dès l'esquisse. Pour un architecte, elle recouvre deux régimes distincts. D'un côté, les établissements recevant du public (ERP), soumis depuis la loi du 11 février 2005 à une obligation d'accessibilité totale dans le neuf et de mise en conformité dans l'existant. De l'autre, les bâtiments à usage professionnel neufs, dont les règles d'accessibilité basculent dans le Code de la construction et de l'habitation pour tout permis de construire déposé à partir du 1er avril 2026. Voici ce que vous devez intégrer, et à quel moment.

Accessibilité PMR en ERP : une obligation de conception, pas une option

Un ERP neuf doit être accessible à toutes les formes de handicap (moteur, visuel, auditif, cognitif), sans dérogation possible. La règle vise l'ensemble de la chaîne de déplacement : stationnement adapté, cheminement extérieur, entrée de plain-pied ou rampe conforme, circulations horizontales et verticales, sanitaires accessibles, signalétique adaptée. Pour vous, cela se traduit très concrètement en cotes : largeur de passage minimale, palier de repos, pente de rampe plafonnée, aire de rotation pour un fauteuil. Ces exigences se calent au stade de l'avant-projet, car les rattraper en phase chantier coûte cher et fragilise votre devoir de conseil envers le maître d'ouvrage.

La logique diffère pour un ERP existant, où le législateur admet qu'un bâtiment ancien ne se plie pas toujours aux mêmes gabarits. Trois motifs de dérogation restent recevables, sur décision préfectorale après avis de la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité : l'impossibilité technique avérée, la contrainte liée à la conservation d'un patrimoine protégé (un enjeu fréquent dès que le projet touche aux abords d'un monument historique), et la disproportion manifeste entre le coût des travaux et leurs bénéfices. Une dérogation ne se présume pas : elle se demande, se motive et se documente.

Le registre public d'accessibilité et les attestations à ne pas oublier

Au-delà des travaux, l'exploitant d'un ERP doit tenir un registre public d'accessibilité, rendu obligatoire par l'arrêté du 19 avril 2017. Ce document, consultable au principal point d'accueil, rassemble la description des prestations, les attestations d'accessibilité ou de conformité, et les éventuelles notices. Vous n'êtes pas l'exploitant, mais vous êtes souvent celui qui fournit la matière : notice d'accessibilité jointe à la demande d'autorisation, puis attestation d'achèvement des travaux. Anticiper ces pièces évite au client de se retrouver démuni le jour d'un contrôle, d'autant qu'une circulaire interministérielle du 25 juin 2025 a relancé les contrôles et les sanctions des ERP non conformes. Pensez à relier ces livrables à votre suivi de fin de mission, au même titre que la DAACT et le certificat de conformité.

Ce qui change au 1er avril 2026 pour les bâtiments à usage professionnel

C'est la nouveauté que tout architecte doit avoir en tête. Le décret n° 2025-1342 du 26 décembre 2025 fixe les règles d'accessibilité lors de la construction des bâtiments à usage professionnel neufs, c'est-à-dire les lieux de travail (bureaux, ateliers, entrepôts) qui ne sont pas forcément des ERP. Jusqu'ici régies par le Code du travail, ces exigences rejoignent désormais le Code de la construction et de l'habitation à travers deux nouveaux articles, R. 162-14 et R. 162-15. Le texte s'applique à tout bâtiment professionnel neuf dont le permis de construire est déposé à compter du 1er avril 2026.

Concrètement, l'accessibilité s'impose sur toute la chaîne : abords et stationnements, cheminements et entrées, circulations, locaux collectifs (sanitaires, zones de restauration, salles de repos) et postes de travail, qui doivent être accessibles par défaut, quitte à être adaptés ensuite selon le salarié concerné. L'article R. 162-15 introduit une soupape utile en conception : les solutions d'effet équivalent. Lorsqu'une contrainte technique empêche de respecter à la lettre une prescription, vous pouvez proposer une solution alternative dès lors qu'elle atteint le même objectif d'usage. Un arrêté technique viendra préciser les dimensions, seuils et contrastes exacts ; en attendant, la prudence commande de concevoir au niveau d'exigence des ERP. Un décret jumeau, le n° 2026-531 du 23 juin 2026, traite le cas des bâtiments professionnels existants faisant l'objet d'une extension ou d'une modification.

Intégrer l'accessibilité PMR dans votre projet en cinq étapes

Pour ne pas subir ces règles, la meilleure méthode consiste à les traiter comme un fil conducteur de la mission plutôt que comme une vérification finale.

  1. Qualifier le bâtiment dès la faisabilité. ERP (et sa catégorie), lieu de travail, ou les deux : le régime applicable, donc les cotes, en dépendent directement.
  2. Caler les gabarits d'accessibilité en avant-projet. Cheminements, aires de rotation, rampes et sanitaires se dessinent avant le dépôt de permis, pas après.
  3. Identifier les points de friction et les dérogations éventuelles. En existant, repérez tôt une impossibilité technique ou une contrainte patrimoniale et montez le dossier de dérogation motivé.
  4. Produire la notice d'accessibilité. Elle accompagne la demande d'autorisation d'urbanisme et engage la conformité annoncée du projet.
  5. Boucler les attestations à la réception. Attestation d'achèvement et pièces pour le registre public d'accessibilité clôturent la boucle et protègent votre client en cas de contrôle.

Cette trame se raccorde naturellement à votre gestion des autorisations d'urbanisme (PC, DP et ERP) : c'est au moment de choisir la procédure que se décident aussi la notice et le niveau d'exigence.

FAQ accessibilité PMR pour l'architecte

Un ERP neuf peut-il bénéficier d'une dérogation à l'accessibilité ?
Non. Dans le neuf, l'accessibilité est totale et sans dérogation possible. Les trois motifs de dérogation (impossibilité technique, contrainte patrimoniale, disproportion économique) ne concernent que les ERP existants, et uniquement sur décision préfectorale après avis de la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité.

Le registre public d'accessibilité est-il à la charge de l'architecte ?
Non, il incombe à l'exploitant de l'ERP. Mais vous produisez plusieurs pièces qui l'alimentent : notice d'accessibilité, attestation d'achèvement des travaux, éventuelles attestations de conformité. Fournir ces documents en bon ordre à la livraison évite à votre client d'être pris en défaut lors d'un contrôle.

Qu'est-ce qui change vraiment au 1er avril 2026 ?
Les règles d'accessibilité des lieux de travail neufs passent du Code du travail au Code de la construction et de l'habitation (articles R. 162-14 et R. 162-15). Elles s'appliquent à tout bâtiment professionnel neuf dont le permis de construire est déposé à partir de cette date, sur l'ensemble de la chaîne de déplacement.

Qu'est-ce qu'une solution d'effet équivalent ?
C'est une alternative de conception admise par l'article R. 162-15 lorsqu'une contrainte technique empêche de respecter à la lettre une exigence d'accessibilité. La solution proposée doit atteindre le même objectif d'usage pour la personne handicapée. Elle se justifie et se documente dans le dossier du projet.

Un lieu de travail est-il soumis aux mêmes règles qu'un ERP ?
Pas exactement. Un ERP reçoit du public et relève du régime issu de la loi de 2005 ; un lieu de travail accueille des salariés et relève, pour le neuf, du décret de décembre 2025. Un même bâtiment peut cumuler les deux qualités, auquel cas les deux corps de règles s'appliquent.

À quel moment traiter l'accessibilité dans la mission ?
Dès la faisabilité pour qualifier le bâtiment, puis en avant-projet pour caler les gabarits. Traitée en amont, l'accessibilité coûte peu ; rattrapée en chantier, elle génère des reprises coûteuses et fragilise votre responsabilité au titre du devoir de conseil.

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Sources : Décret n° 2025-1342 du 26 décembre 2025 (Légifrance) ; L'accessibilité des ERP (ministère de la Transition écologique).

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