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Travaux en copropriété : ce que l'architecte doit anticiper avant l'assemblée générale

Parties communes, majorités des articles 25 et 26, dossier de résolution à transmettre au syndic, délais de contestation et contraintes de chantier : la méthode de l'architecte pour faire autoriser des travaux en copropriété sans perdre une année.

Des travaux en copropriété qui touchent aux parties communes ou à l'aspect extérieur de l'immeuble ne peuvent pas démarrer sans une autorisation votée en assemblée générale, y compris lorsqu'ils sont réalisés à l'intérieur d'un lot privatif et financés par un seul copropriétaire. Cette autorisation relève en principe de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965, c'est-à-dire de la majorité des voix de tous les copropriétaires. Pour l'architecte, cela signifie qu'un calendrier de projet en copropriété se construit à l'envers : on part de la date de l'assemblée générale, pas de la date souhaitée de démarrage du chantier.

Parties privatives ou parties communes : la qualification qui commande tout le projet

La première question à trancher, avant même l'esquisse, est celle du périmètre. Un aménagement strictement intérieur qui ne touche ni à la structure, ni à l'aspect extérieur, ni aux réseaux collectifs relève du seul copropriétaire et ne nécessite aucune autorisation de l'assemblée. Repeindre, refaire une cuisine, changer un revêtement de sol non isolant, remplacer des radiateurs individuels : rien à demander.

Tout change dès que le projet touche à l'un des trois registres suivants. Le premier est la structure de l'immeuble, qu'il s'agisse d'un mur porteur, d'un plancher ou d'une trémie. Le deuxième est l'aspect extérieur, qui couvre les menuiseries, les garde-corps, la fermeture d'un balcon, une climatisation en façade ou une modification de percement. Le troisième est l'ensemble des réseaux et équipements communs : colonnes d'évacuation, ventilation, alimentation en eau, gaines techniques. Dans ces trois cas, l'ouvrage projeté affecte une partie commune au sens du règlement de copropriété, et l'autorisation devient obligatoire.

Le règlement de copropriété prime ici sur l'intuition. Certains règlements qualifient de partie commune des éléments que l'on croirait privatifs, à commencer par les fenêtres, les volets ou les canalisations encastrées. La lecture du règlement et de l'état descriptif de division fait donc partie intégrante du diagnostic, au même titre que le relevé, et relève du devoir de conseil de l'architecte envers son client.

Quelle majorité pour quels travaux en copropriété

Trois régimes de majorité coexistent, et les confondre expose la décision à une annulation.

FondementMajorité requiseCas typiques en projet
Article 24Majorité des voix des copropriétaires présents ou représentésTravaux d'entretien et de conservation décidés par la copropriété elle-même, ravalement courant, mise en conformité imposée par la réglementation
Article 25Majorité des voix de tous les copropriétairesTravaux privatifs affectant les parties communes ou l'aspect extérieur, réalisés aux frais du demandeur
Article 26Majorité des copropriétaires représentant au moins deux tiers des voixAppropriation d'une surface commune, suppression d'un couloir, actes de disposition sur les parties communes

Une réunion de deux lots par une ouverture dans un mur porteur relève de l'article 25 ; la même opération qui annexe une portion de palier bascule à l'article 26. Le mécanisme dit de passerelle, prévu à l'article 25-1, permet par ailleurs à une résolution qui a recueilli au moins un tiers des voix de l'ensemble des copropriétaires d'être soumise à un second vote immédiat à la majorité de l'article 24. C'est souvent ce second vote qui sauve un projet en assemblée, à condition que la résolution ait été rédigée pour cela.

Préparer la résolution et le dossier transmis au syndic

La qualité du dossier détermine le vote bien plus que la qualité architecturale du projet. Une assemblée générale refuse rarement un projet parce qu'il lui déplaît ; elle le refuse parce qu'elle n'arrive pas à évaluer ce qu'elle autorise et ce à quoi elle s'expose.

Le dossier transmis au syndic doit donc décrire la nature, l'étendue et la localisation exactes des travaux, avec les plans avant et après, les coupes utiles, et une note technique lorsque la structure est concernée. Il comprend un projet de résolution rédigé, car le syndic n'a pas à l'écrire à votre place et une résolution mal formulée fragilise la décision. S'y ajoutent les attestations d'assurance des entreprises pressenties, les justificatifs d'autorisation administrative lorsque le projet en requiert une, et l'engagement du copropriétaire de prendre les travaux à sa charge. L'assemblée peut conditionner son accord au contrôle par un homme de l'art, à un constat d'huissier préalable ou à la souscription d'une assurance dommages-ouvrage, ce qu'il vaut mieux anticiper dans le chiffrage plutôt que découvrir après le vote. Notre méthode pour construire un estimatif de travaux défendable s'applique pleinement à ce contexte.

Faire autoriser des travaux en copropriété en 7 étapes

  1. Obtenir le règlement de copropriété et l'état descriptif de division auprès du client ou du syndic, et qualifier chaque ouvrage projeté en partie privative ou commune.
  2. Déterminer la majorité applicable ouvrage par ouvrage, en distinguant ce qui relève de l'article 25 et ce qui bascule à l'article 26.
  3. Constituer le dossier technique : plans avant et après, coupes, note de structure si nécessaire, descriptif des travaux et phasage prévisionnel.
  4. Rédiger le projet de résolution en reprenant précisément l'objet des travaux, leur prise en charge financière et les conditions que la copropriété peut légitimement exiger.
  5. Notifier la demande au syndic par lettre recommandée avec accusé de réception, suffisamment en amont pour que la question soit inscrite à l'ordre du jour de l'assemblée générale annuelle, la convocation devant être adressée au moins vingt et un jours avant la réunion.
  6. Préparer la séance : présence de l'architecte, support de présentation, réponses anticipées sur les nuisances, les horaires, la protection des parties communes et la remise en état.
  7. Attendre l'expiration du délai de contestation de deux mois à compter de la notification du procès-verbal avant d'engager les travaux, sauf à prendre le risque d'une remise en état.

Autorisation d'assemblée générale et autorisation d'urbanisme : deux calendriers à ne pas confondre

Un projet en copropriété qui modifie l'aspect extérieur cumule très souvent deux procédures indépendantes. L'accord de l'assemblée générale relève du droit privé de la copropriété ; la déclaration préalable ou le permis de construire relèvent du droit de l'urbanisme, et l'un ne dispense jamais de l'autre. En secteur protégé, un troisième calendrier s'ajoute avec l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, dont les délais propres se cumulent avec ceux de l'instruction.

L'ordre dans lequel on engage ces démarches n'est pas neutre. Déposer la demande d'urbanisme avant le vote expose à une modification du projet en séance ; attendre l'autorisation d'urbanisme avant de saisir le syndic fait perdre un cycle d'assemblée entier, soit souvent une année. La pratique la plus sûre consiste à faire voter un projet suffisamment défini pour ne plus bouger, puis à déposer immédiatement après. Nos guides sur les autorisations d'urbanisme et sur l'avis de l'architecte des Bâtiments de France détaillent les délais applicables à chaque procédure.

Chantier en copropriété : ce que l'architecte doit verrouiller avant le démarrage

Le chantier en copropriété ajoute une contrainte que l'on ne retrouve pas en maison individuelle : les tiers concernés sont vos voisins pour les dix prochaines années, et chacun d'eux peut agir. Trois points méritent d'être traités dans les pièces écrites plutôt que sur place. Les modalités d'accès et d'utilisation des parties communes, avec protections d'ascenseur, de cage d'escalier et de paliers, et horaires compatibles avec le règlement intérieur. La gestion des coupures de fluides, qui doivent être annoncées au syndic et affichées à l'avance. La remise en état des parties communes en fin d'opération, appuyée sur un constat contradictoire réalisé avant le premier jour de chantier.

Ce constat initial est probablement le document le plus rentable de toute l'opération. En son absence, toute fissure de cage d'escalier constatée après coup devient discutable, et la discussion se tient avec un syndicat des copropriétaires qui dispose de son propre assureur. Il alimente aussi utilement le dossier de réception des travaux. Dans Kalm, les constats, photos et comptes rendus de visite restent rattachés au projet et aux lots concernés, ce qui évite d'avoir à reconstituer un historique dispersé dans les boîtes mail dix-huit mois plus tard.

FAQ : travaux en copropriété et rôle de l'architecte

Faut-il une autorisation d'assemblée générale pour abattre un mur porteur dans son appartement ?
Oui. Un mur porteur participe à la structure de l'immeuble et constitue une partie commune, même s'il se situe entièrement dans un lot privatif. L'opération relève de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 et doit être votée, généralement sous condition d'une note de structure et du contrôle d'un homme de l'art.

Combien de temps faut-il prévoir entre la demande et le démarrage des travaux ?
Comptez le délai d'inscription à l'ordre du jour de la prochaine assemblée, la tenue de celle-ci, puis les deux mois de délai de contestation courant à compter de la notification du procès-verbal. Quand l'assemblée annuelle est éloignée, l'échéance réelle se compte en mois, parfois en une année complète.

Que faire si l'assemblée générale refuse les travaux ?
Le refus peut être contesté en justice dans un délai de deux mois lorsqu'il est abusif, c'est-à-dire dépourvu de motif légitime et contraire à l'intérêt collectif. En pratique, il est souvent plus efficace de reprendre le projet sur les points ayant motivé l'opposition et de le représenter à l'assemblée suivante avec un dossier renforcé.

Peut-on convoquer une assemblée générale extraordinaire pour un seul projet ?
Oui. Un copropriétaire peut demander au syndic la convocation d'une assemblée générale extraordinaire portant sur son seul projet, à condition d'en supporter les frais de convocation et de tenue. Cette solution fait gagner plusieurs mois lorsque le calendrier de l'opération ne permet pas d'attendre l'assemblée annuelle, et se négocie utilement avec le syndic en amont du dépôt de la demande.

Qui paie l'architecte sur des travaux privatifs en copropriété ?
Le copropriétaire demandeur, puisque les travaux sont réalisés à ses frais. La mission doit être contractualisée avec lui, et non avec le syndicat des copropriétaires, qui n'est pas maître d'ouvrage dans ce cas. Notre guide sur le contrat de maîtrise d'œuvre avec un particulier précise les mentions à prévoir.

Que risque un client qui engage les travaux sans autorisation ?
Le syndicat des copropriétaires peut agir en remise en état des lieux, aux frais du copropriétaire, en plus d'éventuels dommages et intérêts. L'architecte qui a laissé engager le chantier sans vérifier l'autorisation s'expose de son côté à voir sa responsabilité recherchée au titre de son devoir de conseil.

Un projet en copropriété suivi de la résolution à la réception

Kalm est un logiciel de gestion de projet pensé pour les architectes : pièces écrites, comptes rendus de visite, constats photo et réserves rattachés au projet et aux lots. De quoi garder la trace de ce qui a été autorisé, et de ce qui a été fait.

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Sources : Article 25 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 (Légifrance) ; Article 26 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 (Légifrance) ; Demande d'autorisation de travaux privatifs (ARC).

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