IA et données de projet : ce qu'un architecte peut confier à ChatGPT ou Claude
Un architecte peut confier à une IA générative tout ce qui ne permet pas d'identifier une personne, ne révèle pas une information confidentielle reçue de son client et ne cède pas de droits sur une œuvre. En pratique : un texte technique anonymisé, un extrait de CCTP, une trame de courrier, une question de méthode. Il doit à l'inverse garder hors de l'IA grand public les noms et coordonnées du maître d'ouvrage, les pièces d'un dossier identifiable, les prix confidentiels des entreprises et les plans non publiés, sauf à utiliser un outil dont le contrat exclut l'entraînement et précise la localisation des données.
Pourquoi la question se pose vraiment pour les données de projet
La plupart des architectes pensent que leurs données sont techniques, donc neutres. Elles ne le sont presque jamais. Regardez une base de projets réelle : sur treize projets actifs d'une agence utilisant Kalm, quatre fiches projet portent le nom et l'adresse du maître d'ouvrage directement dans l'intitulé de l'opération, et six intitulés de projet sur treize sont tout simplement des noms de famille. Le nom du client, l'adresse précise du chantier, parfois sa situation familiale déduite du programme : ce sont des données personnelles au sens du RGPD, et elles sont partout dans vos dossiers.
La deuxième catégorie sensible, moins évidente, ce sont les prix des entreprises. Un devis reçu en consultation contient les prix unitaires d'un artisan, sa structure de coûts et sa stratégie commerciale. Ces informations vous sont confiées dans le cadre d'une consultation, pas pour être versées dans un service tiers. La troisième, ce sont vos propres plans, protégés par le droit d'auteur dès lors qu'ils portent votre empreinte créative.
Ce que le RGPD impose à un architecte qui utilise une IA générative
Dès que vous collez le nom d'un client dans un assistant, vous réalisez un traitement de données personnelles, et vous en êtes le responsable. Cela vous oblige à trois choses. D'abord une base légale : l'intérêt légitime suffit généralement pour un usage interne de productivité, à condition de pouvoir le justifier. Ensuite la minimisation : vous ne transmettez que ce qui est nécessaire à la tâche, et un assistant qui rédige un courrier de relance n'a pas besoin de l'adresse complète du chantier. Enfin l'information des personnes concernées et le respect de leurs droits d'accès, de rectification et d'effacement.
La CNIL a publié des recommandations sur l'IA et le RGPD qui insistent sur ce point : la minimisation n'interdit pas l'usage de l'IA, elle impose de sélectionner et de nettoyer les données transmises. Le réflexe pratique tient en une phrase : avant de coller, retirez ce qui identifie. « Monsieur Dupont, 12 rue des Lilas » devient « le maître d'ouvrage », et la qualité de la réponse n'en souffre pas.
Le point de vigilance le plus concret concerne les offres grand public. Sur les formules gratuites ou personnelles, les conversations peuvent être utilisées pour améliorer les modèles, et l'hébergement n'est pas nécessairement européen. Sur les formules professionnelles et via les API, l'entraînement sur vos contenus est en principe exclu par contrat. Cette distinction est la première chose à vérifier, avant même de choisir entre les outils IA du marché, et elle évolue vite : relisez les conditions de votre abonnement plutôt que de vous fier à ce que vous en saviez l'an dernier.
Secret professionnel et devoir de discrétion : ce que la déontologie ajoute
Le RGPD ne couvre que les données personnelles. La déontologie de l'architecte va plus loin : elle vous impose une discrétion sur les informations que votre client vous confie, qu'elles soient personnelles ou non. Le budget réel d'une opération, un litige de copropriété, une contrainte familiale derrière un programme, un projet de cession : rien de tout cela n'a vocation à sortir de votre agence, y compris vers un service dont vous ne maîtrisez pas la chaîne de traitement.
Le nouveau code de déontologie des architectes, issu du décret du 26 juin 2026, est entré en vigueur le 1er juillet 2026. C'est une bonne occasion de relire vos obligations avec l'usage de l'IA en tête, et de vérifier ce que dit votre contrat de maîtrise d'œuvre en matière de confidentialité. Beaucoup de contrats types comportent une clause qui vous interdit de communiquer les informations du projet à des tiers sans accord écrit. Un service d'IA est un tiers.
Plans, images et droit d'auteur : ce que vous risquez de céder
Déposer un plan ou une perspective dans un assistant pose une question différente : celle des droits. Sur les offres professionnelles, les conditions prévoient généralement que vous conservez la propriété de ce que vous déposez et de ce qui est produit. Sur les offres grand public, la réutilisation de vos contenus pour l'amélioration des services est fréquente. Un projet non publié, un concours en cours, une image sous embargo client n'ont donc rien à faire dans un compte personnel.
La symétrie mérite d'être rappelée : ce que l'IA vous restitue peut lui aussi poser problème. Une image générée à partir d'une référence trop précise, un texte de CCTP recopié d'une source protégée, un logo reconstitué : vous engagez votre responsabilité en le diffusant. Nous détaillons ce point pour la production d'images dans notre article sur le rendu IA, et pour les pièces écrites dans celui sur le CCTP et l'IA.
Ce que vous pouvez confier à l'IA, et ce que vous devez garder à part
Le tableau ci-dessous résume une règle de tri utilisable au quotidien. Il ne remplace pas l'avis de votre juriste ou de votre assureur, mais il évite les erreurs les plus coûteuses.
| Type de donnée | IA grand public | IA professionnelle ou connectée à votre outil |
|---|---|---|
| Question de méthode, rédaction générique, trame de courrier | Oui | Oui |
| Extrait technique de CCTP sans référence au projet | Oui, après anonymisation | Oui |
| Nom, adresse, coordonnées du maître d'ouvrage | Non | Oui, si le contrat exclut l'entraînement |
| Devis et prix unitaires d'une entreprise | Non | Oui, si le contrat exclut l'entraînement |
| Plans, perspectives et projets non publiés | Non | Oui, avec vérification des clauses de propriété |
| Pièces d'un contentieux ou d'une expertise en cours | Non | À discuter avec votre assureur avant tout usage |
Sécuriser l'usage de l'IA dans son agence en sept étapes
- Inventoriez ce que vous collez déjà. Faites la liste des tâches pour lesquelles vous ou vos collaborateurs utilisez une IA, et de ce qui y transite réellement.
- Basculez sur des comptes professionnels. Vérifiez dans les conditions que l'entraînement sur vos contenus est exclu et regardez où les données sont hébergées.
- Adoptez une règle d'anonymisation par défaut. Le maître d'ouvrage devient « le client », l'adresse disparaît, l'entreprise devient « le lot gros œuvre », sauf usage sur un outil maîtrisé.
- Écrivez une note interne d'une page. Ce qui est autorisé, ce qui ne l'est pas, quel outil pour quel usage. Une page suffit, et elle vous protège en cas de question du client.
- Mettez à jour votre registre de traitements. Ajoutez la ligne « assistance IA » avec sa finalité, sa base légale et sa durée de conservation.
- Informez vos clients simplement. Une phrase dans votre contrat ou votre politique de confidentialité mentionnant le recours à des outils d'assistance suffit dans la plupart des cas, et désamorce la question avant qu'elle ne se pose.
- Rejouez l'exercice tous les six mois. Les conditions d'utilisation des services d'IA changent vite, et votre note interne doit suivre.
Pourquoi un connecteur change la nature du risque
Le risque décrit plus haut vient presque toujours du copier-coller. Vous sortez une donnée de votre outil métier, vous la posez dans une conversation, et vous perdez la traçabilité de l'endroit où elle se trouve. Plus vous copiez, plus vous multipliez les copies non maîtrisées de dossiers que vous êtes par ailleurs tenu de conserver et de protéger.
Un connecteur MCP inverse la logique. L'assistant vient lire la donnée là où elle est, sous votre compte et avec vos droits, et écrit le résultat au même endroit. Il n'y a plus de copie qui traîne dans un historique de conversation, la donnée reste dans l'outil où vous l'avez déposée, et vous savez qui a accès à quoi. Cela ne dispense d'aucune des obligations décrites ci-dessus, mais cela réduit considérablement la surface d'exposition, et c'est la raison pour laquelle nous considérons ce mode de travail comme le bon défaut pour une agence.
Questions fréquentes sur l'IA et les données de projet
Puis-je mettre le nom de mon client dans ChatGPT ?
Évitez-le sur un compte grand public. Le nom d'un maître d'ouvrage est une donnée personnelle, et vous en êtes responsable au sens du RGPD. Remplacez-le par « le client » dans vos demandes. Sur une offre professionnelle dont le contrat exclut l'entraînement, l'usage est possible en respectant le principe de minimisation.
Les conversations avec une IA sont-elles couvertes par le secret professionnel ?
Non. C'est vous qui êtes tenu à la discrétion, pas le service que vous utilisez. Transmettre une information confidentielle à un tiers sans encadrement contractuel ne devient pas licite parce que ce tiers est un logiciel.
Est-ce que mes plans servent à entraîner les modèles ?
Cela dépend entièrement de l'offre. Sur les formules grand public, la réutilisation des contenus pour l'amélioration des services est fréquente. Sur les offres professionnelles et les API, elle est en principe exclue par contrat. Vérifiez les conditions de votre abonnement, elles changent régulièrement.
Dois-je prévenir mon client que j'utilise l'IA ?
Aucun texte ne l'impose formellement pour un usage interne de productivité, mais le RGPD demande d'informer les personnes dont vous traitez les données. Une mention générale dans votre contrat ou votre politique de confidentialité est la solution la plus simple, et elle vous évite une conversation désagréable si le sujet surgit en cours de mission.
Que faire des devis d'entreprises reçus en consultation ?
Traitez-les comme des informations commerciales confidentielles. Ne les déposez pas sur un service grand public. Si vous voulez les analyser avec l'IA, faites-le dans un outil où ils sont déjà stockés et dont vous connaissez les engagements contractuels.
Mon assurance couvre-t-elle une erreur due à l'IA ?
Votre responsabilité civile professionnelle couvre vos actes de maîtrise d'œuvre, et une pièce produite avec l'aide d'une IA reste votre production, signée par vous. L'outil ne déplace pas la responsabilité. En cas de doute sur un usage particulier, posez la question à votre assureur avant, pas après.
Utilisez l'IA sans sortir vos données de vos projets
Le connecteur MCP de Kalm permet à Claude ou ChatGPT de lire et d'écrire directement dans vos projets, sous votre compte et avec vos droits. Vos données restent dans Kalm, il n'y a plus de copie qui traîne dans un historique de conversation.
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