Marché à forfait ou prix unitaires : choisir la forme de prix de vos marchés de travaux
Un marché à forfait fixe un prix global pour un ouvrage défini : l'entreprise s'engage sur ce prix quelles que soient les quantités réellement mises en œuvre, sauf modification demandée par écrit. Un marché à prix unitaires, à l'inverse, fixe un prix par unité (m², ml, unité) et le montant final dépend des quantités réellement exécutées. Pour l'architecte, ce choix décide de la façon dont vous rédigez la DPGF, de ce que vous contrôlez sur chaque situation de travaux, et de la manière dont se règlent les écarts au décompte final. Voici comment choisir, et surtout comment sécuriser chaque forme de prix.
Marché à forfait : ce que dit le Code civil
En marché privé, le forfait repose sur l'article 1793 du Code civil. Lorsqu'un entrepreneur s'est chargé de la construction à forfait d'un bâtiment, d'après un plan arrêté et convenu avec le maître d'ouvrage, il ne peut demander aucune augmentation de prix, ni au titre de la hausse des matériaux ou de la main-d'œuvre, ni au titre de changements apportés au plan, sauf si ces changements ont été autorisés par écrit et leur prix convenu avec le maître d'ouvrage.
Trois conditions font donc le forfait : un ouvrage précisément défini, un prix global convenu à l'avance, et l'absence de modification non autorisée par écrit. Si l'une manque, le forfait est fragile. La jurisprudence admet notamment que des modifications si importantes qu'elles bouleversent l'économie du contrat font tomber le forfait, et l'entreprise peut alors être payée sur la base des travaux réellement réalisés. Le texte vise par ailleurs la construction d'un bâtiment : en rénovation, son application dépend de l'ampleur des travaux, d'où l'intérêt d'écrire noir sur blanc dans le marché que les prix sont forfaitaires et non révisables en fonction des quantités.
En marché public, on parle de prix global et forfaitaire. Les erreurs ou omissions de quantités dans la décomposition du prix global et forfaitaire (la fameuse DPGF) ne modifient pas, en principe, le prix convenu : la DPGF sert à analyser l'offre et à établir les situations, pas à recalculer le prix.
Marché à prix unitaires : payer les quantités réellement exécutées
Dans un marché à prix unitaires, l'entreprise s'engage sur un prix par unité d'ouvrage, présenté dans un bordereau des prix unitaires (BPU), souvent accompagné d'un détail quantitatif estimatif (DQE) qui sert à comparer les offres. Le montant du marché n'est qu'une estimation : on paie au métré, c'est-à-dire aux quantités constatées en fin de travaux ou à chaque situation.
Cette forme de prix est adaptée quand les quantités ne peuvent pas être connues à l'avance. C'est typiquement le cas en rénovation lourde sur un existant mal connu (reprises de maçonnerie, traitement de bois, plâtrerie à reprendre après curage), ou pour des prestations répétitives dont le volume dépend du chantier. La contrepartie, c'est un budget final moins certain pour votre client et un travail de métré et de vérification plus lourd pour vous.
Forfait ou prix unitaires : le tableau comparatif pour l'architecte
| Critère | Marché à forfait | Marché à prix unitaires |
|---|---|---|
| Pièce de prix | DPGF | BPU, avec DQE pour comparer |
| Risque sur les quantités | Porté par l'entreprise | Porté par le maître d'ouvrage |
| Visibilité budgétaire du client | Forte dès la signature | Estimation jusqu'au métré final |
| Exigence sur le DCE | Très forte : l'ouvrage doit être complètement défini | Moyenne : les unités doivent être claires |
| Contrôle des situations | Pourcentage d'avancement par poste | Quantités constatées par poste |
| Travaux modificatifs | Avenant écrit obligatoire | Variations de quantités absorbées, prix nouveaux par avenant |
| Cas d'usage typique | Neuf, extension, rénovation bien diagnostiquée | Existant incertain, travaux répétitifs |
Comment le forfait se joue dès la rédaction du DCE
Un forfait ne vaut que ce que vaut la définition de l'ouvrage. Si votre CCTP est flou, l'entreprise chiffrera son interprétation, et la moindre précision apportée en chantier deviendra une demande de travaux supplémentaires. La plupart des litiges sur le forfait portent d'ailleurs sur une seule question : ce qui était « compris dans le prix ».
La DPGF joue un rôle central. Elle doit reprendre fidèlement la structure du CCTP, lot par lot et ouvrage par ouvrage, avec des quantités indicatives. Le marché doit préciser que ces quantités sont données à titre indicatif et qu'il appartient à l'entreprise de les vérifier et de les compléter avant de remettre son prix. Nous avons détaillé la méthode dans notre guide pour rédiger le CCTP et la DPGF et dans notre article sur le contenu du DCE.
Le mode de dévolution compte aussi. En entreprise générale ou en lots séparés, le forfait se pratique dans les deux cas, mais en lots séparés chaque interface entre lots est un risque d'ouvrage « oublié » par tout le monde. Une ligne « sujétions et interfaces » par lot, renvoyant au CCTP, limite ce risque.
Sécuriser un marché à forfait en 5 étapes
- Définir complètement l'ouvrage : plans arrêtés, CCTP précis, diagnostics réalisés avant la consultation. Ce qui n'est pas décrit sera discuté.
- Structurer la DPGF sur le CCTP : mêmes lots, même numérotation, quantités indicatives, et une mention claire que l'entreprise vérifie les quantités sous sa responsabilité.
- Écrire la forme de prix dans le marché : préciser dans le CCAP ou l'acte d'engagement que les prix sont forfaitaires, et s'ils sont fermes, actualisables ou révisables.
- Isoler les postes incertains : pour les zones mal connues de l'existant, prévoir des prix unitaires complémentaires dans un marché mixte plutôt que de laisser l'entreprise gonfler son forfait.
- Formaliser chaque modification par écrit : ordre de service, devis de l'entreprise, accord écrit et chiffré du maître d'ouvrage, puis avenant. Sans écrit, l'article 1793 protège le client, pas l'entreprise.
Le marché mixte : forfait et prix unitaires dans le même marché
Rien n'oblige à choisir une seule forme de prix pour tout un marché. Un marché mixte combine une partie forfaitaire, pour les ouvrages bien définis, et des prix unitaires pour les postes dont la quantité est incertaine. C'est souvent la solution la plus honnête en rénovation : un forfait pour la cuisine, la salle de bains et les menuiseries neuves, des prix unitaires pour le traitement des fissures ou les reprises d'enduit qui ne se révèleront qu'après dépose.
La condition est de le dire clairement : chaque ligne de la DPGF ou du BPU indique sa forme de prix, et le CCAP explique comment chaque partie sera réglée. Votre client sait ainsi quelle part de son budget est certaine et quelle part reste à mesurer.
Situations, avenants et DGD : ce que la forme de prix change en chantier
En forfait, chaque situation de travaux applique un pourcentage d'avancement aux postes de la DPGF. Votre rôle est de vérifier que l'avancement déclaré correspond à la réalité du chantier, puis d'émettre le bon de paiement. En prix unitaires, vous vérifiez des quantités : un métré contradictoire, poste par poste, est indispensable.
Les modifications suivent la même logique. En forfait, tout travail modificatif passe par un avenant en plus-value ou moins-value. En prix unitaires, une simple variation de quantité ne nécessite pas d'avenant, mais un ouvrage nouveau demande un prix nouveau, à faire accepter par écrit.
Au décompte général définitif, le forfait se solde par le prix initial, plus les avenants, plus les éventuelles révisions de prix. En prix unitaires, le DGD reprend le métré final. Dans les deux cas, un suivi financier de chantier tenu marché par marché évite de reconstituer l'historique à la fin.
Dans Kalm, la DPGF issue du module Descriptif sert de trame au comparatif des devis, puis le devis retenu devient un marché, sur lequel s'ajoutent avenants, échéancier et reste à payer. Le suivi financier reste ainsi aligné sur la structure du CCTP, quelle que soit la forme de prix retenue.
Questions fréquentes sur le marché à forfait
Qu'est-ce qu'un marché à forfait ?
C'est un marché de travaux dans lequel l'entreprise s'engage sur un prix global pour un ouvrage précisément défini. Elle ne peut pas demander de supplément au titre des quantités, de la hausse des matériaux ou de modifications non autorisées par écrit. En marché privé, ce régime découle de l'article 1793 du Code civil ; en marché public, on parle de prix global et forfaitaire.
Quelle différence entre prix forfaitaire et prix unitaire ?
Le prix forfaitaire rémunère un ouvrage complet pour un montant fixé d'avance, quel que soit le volume réellement mis en œuvre. Le prix unitaire rémunère chaque unité exécutée (m², ml, unité), et le montant final dépend du métré. Le forfait sécurise le budget du client ; le prix unitaire s'adapte aux quantités incertaines.
Une erreur de quantité dans la DPGF change-t-elle le prix du forfait ?
En principe non. Dans un marché à forfait, la DPGF décompose le prix mais ne le détermine pas : une quantité sous-estimée par l'entreprise reste à sa charge. C'est pourquoi le marché doit préciser que les quantités sont indicatives et que l'entreprise les vérifie avant de remettre son offre.
Une entreprise peut-elle facturer des travaux supplémentaires sur un forfait ?
Seulement si les travaux modificatifs ont été autorisés par écrit par le maître d'ouvrage et leur prix convenu. Sans cet accord écrit, l'article 1793 du Code civil s'oppose à toute augmentation. La bonne pratique : ordre de service, devis, accord écrit du client, puis avenant au marché.
Un marché à forfait peut-il être révisable ?
Oui. Forfait et révision des prix ne s'opposent pas : le forfait porte sur le contenu de l'ouvrage, la révision sur l'évolution économique des prix dans le temps. Un marché peut être forfaitaire et révisable si une clause de révision, avec index et formule, est prévue au marché.
Quand préférer les prix unitaires en rénovation ?
Quand une partie des quantités ne peut être connue qu'en cours de chantier : reprises de maçonnerie, traitement de charpente, enduits à reprendre après dépose. Le plus souvent, un marché mixte fonctionne mieux : forfait pour les ouvrages bien définis, prix unitaires pour les postes incertains.
Une DPGF qui tient jusqu'au DGD
Avec Kalm, votre DPGF sert de trame au comparatif des devis, devient un marché, puis suit les avenants et le reste à payer jusqu'à la réception.
Essayer Kalm gratuitementArticle publié le 7 octobre 2026. Ce contenu est informatif et ne remplace pas le conseil d'un avocat.
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